lundi 16 avril 2012

C'est lundi que lisez-vous? 1

Je me joins pour la première fois à ce rendez-vous initié par Mallou et repris par Galleane.








La semaine dernière, j’ai lu



C’était en réalité une relecture. Il barone rampante (Le baron perché) d’Italo Calvino (éditions Mondadori pour l'image, éditions du Seuil dans la traduction française que je possède). Je l’avais lu il y a plusieurs années en français, et relu donc en italien. Et je l’aime toujours autant ! (La chronique est à venir)





Je lis


  • ·         La guerre et la paix I de Léon Tolstoï, aux éditions Gallimard, 1972 (depuis longtemps et pour longtemps encore)
  • ·         Le neveu de Rameau de Diderot, éditions Librio, 2002 (depuis plus d’une semaine)
  • ·         Lancelot ou le chevalier à la charrette de Chrétien de Troyes, éditions Le livre de poche, collection Lettres gothiques, 1992, bilingue (Depuis plusieurs semaines et je prends le temps de lire ce livre, donc vous risquez de le voir rester)
  • ·         Le lion de Joseph Kessel, éditions Gallimard (Et Folio pour l'image de cet article) (depuis la semaine dernière)
  • ·         La petite fille au manteau rouge de Roma Ligocka, éditions Calmann-lévy, 2005 (depuis samedi)
  • ·         Le clan des Otori 2 : Les neiges de l’exil de Lian Hearn, éditions Gallimard jeunesse, 2003 (lecture commencée il y a longtemps, mais reprise seulement samedi pour raisons techniques)

Comment ça, ça fait beaucoup de livres à la fois ? Mais non… Et puis, Le lion est réservé à la lecture à pas d’heure, au lit.





Ensuite, je lirai


Lorsque j'aurai fini certaines des lectures en cours, je me lancerai, dans un ordre ou dans un autre dans la lecture de (j'ai hâte de tous les lire):
  • ·         La lettre de Conrad, suivi de Pas de résurrection, s’il vous plaît de Fred Uhlman, éditions Stock, 1995
  • ·         Moi, Victoria, enfant volée de la dictature argentine de Victoria Donda, éditions Robert Laffont 2010
  • ·         Cendrillon de Robert Walser, éditions Zoé, collection MiniZoé, 2006  (je compte me prendre environ une heure d’affilée à un moment ou à un autre pour le lire d’un coup)
  • ·         Belle plante et Cornélius de Claude Tillier

Et vous? Que lisez-vous?

mercredi 11 avril 2012

Séance de cinéma n°1: Nous nous sommes tant aimés d'Ettore Scola

J'aime beaucoup lire, mais aussi, aller au cinéma ou même voir des films en dvd (et les revoir). J'ai donc décidé d'essayer de vous faire également chaque mois un article contenant mon avis sur un film. Disons le mercredi de la semaine du 15.


Réalisateur: Ettore Scola
Brève biographie: Ettore Scola est né le 10 mai 1931 à Trevico. Il étudie le droit à Rome. En même temps, il travaille pour une revue humoristique, "Il Marc'Aurelio". C’est dans les années 1950 qu’il commencera à écrire des scénarios pour des comédies à l’italienne. Et c’est en 1964 qu’il réalisera son premier film, ‘‘Parlons femmes’’.

Filmographie:
  • 1964 : “Se permettete parliamo di donne” (Parlons femmes)
  • 1966 : ‘‘L’arcidiavolo’’ (Belfagor le magnifique)
  • 1974 : ‘‘C’eravamo tanto amati’’ (Nous nous sommes tant aimés)
  • 1977 : ‘‘Una giornata particolare’’ (Une journée particulière)
  • 1986 : ‘‘La famiglia’’ (La famille)
  • 1998 : ‘‘La cena’’ (Le dîner)
  • 2001 : ‘‘Concorrenza sleale’’ (Concurrence déloyale)
  • 2003 : ‘‘Gente di Roma’’

Titre: ‘‘C’eravamo tanto amati’’ (Nous nous sommes tant aimés)
Genre: Comédie dramatique
Acteurs principaux:

  • Nino Manfredi dans le rôle d’Antonio
  • Vittorio Gassman dans le rôle de Gianni Perego
  • Stefania Sandrelli dans le rôle de Luciana Zanon
  • Stefano Satta Flores dans le rôle de Nicola Palumbo

Et (à titre d’anecdote, bien qu’il n’ait pas un des rôles principaux) Federico Fellini a joué son propre rôle dans ce film.

Résumé: (Le résumé est celui du dvd)
Trois camarades, frères d’armes pendant la résistance, attachés au même idéal de justice et de progrès social, célèbrent la fin de la guerre et la chute du fascisme en Italie. Gianni termine ses études de droit à Rome. Nicola enseigne dans un lycée de province. Antonio se retrouve modeste brancardier-infirmier.
C’est une période d’espoir et d’euphorie…

Musiques: Armando Trovajoli

Avis: A juste titre, un monument du cinéma italien. Un très bon et beau film. Un aperçu, une fresque de l’Italie des années 1940 aux années 1970 à travers le parcours des personnages principaux. Ce qui concerne également le cinéma, surtout italien, mais également européen. En effet, on trouve de nombreux échos à d’autres films. Les deux exemples principaux, car les plus repérables, sont « Le voleur de bicyclette » de Vittorio de Sica (et ses films plus généralement), dont on voit apparaître à l’écran l’image finale et qui marquera profondément l’un des personnages de « Nous nous sommes tant aimés), Nicola. L’autre exemple tout aussi frappant est « La dolce vita » de Fellini, dont on voit le tournage, plus précisément, le tournage de la scène de la fontaine de Trevi. C’est à ce moment-là que ce réalisateur intervient en tant qu’acteur, jouant son rôle, dans le film d’Ettore Scola. Mais, on peut aussi citer Resnais, dont l’un des films est évoqué:  « L'année dernière à Marienbad ».
A travers ce parcours du cinéma de l’époque, celui des personnages principaux, se profile également une évolution, dans la façon de voir et d’aborder la vie, l’avenir et un rapport particulier de chaque personnage à ses idéaux. Cette évolution sera résumée à la fin du film d’une part par Gianni, d’autre part par Nicola.
Un autre élément des plus marquants dans ce film est la façon de traiter les pensées des personnages. La façon dont le temps alors semble s’arrêter pour tous les autres, tandis qu’il l’exprime à voix haute. Façon de traiter les choses manifestement inspirée du théâtre et des monologues, et donc un écho supplémentaire dans ce film, riche en la matière.

J’ai donc particulièrement aimé ce film. Et vous, l’avez-vous vu ? Qu’en avez-vous pensé ?

Challenges

J'ai décidé de participer à trois challenges de lecture. Si je décide de m'inscrire à d'autres, je mettrai à jour cet article.

Il s'agit des suivants:
  • LA PLUME AU FEMININ, organisé par Opaline
    "Il consiste à lire des auteurs féminins" jusqu'au 8 mars 2013  

  • Challenge HISTOIRE, organisé par Jelydragon et repris par Lynnae
    "Il consiste à lire des livres sur le thème de l'Histoire, essais, fiction, biographies, BD, mangas ... il n'y a pas de minimum de livres à lire, vous pouvez explorer toutes les époques et tous les pays !" Il est illimité dans le temps.

  • Challenge MOLIERE organisé par Sharon.
    Il s'agit de "Lire ou relire les oeuvres de Molière, mais aussi découvrir les comédies de Corneille (L'illusion comique mais aussi La place royale, La veuve) et l'unique comédie de Racine, les Plaideurs."

jeudi 5 avril 2012

Sylvie de Gérard de Nerval





Auteur: Gérard de Nerval

Biographie: Gérard de Nerval de son vrai nom Gérard Labrunie est né le 22 mai 1808 à Paris. Cet écrivain et poète français a passé son enfance dans le Valois, région qui l’inspirera dans son œuvre littéraire. De retour d’un voyage en Italie, il rencontre l’actrice Jenny Colon qui apparaîtra dans sa prose sous le prénom d’Aurélia, ou d’Aurélie. Il est mort le 26 janvier 1855, à Paris, pendu.

Bibliographie:
  • 1826 : Napoléon et la France guerrière, élégies nationales
  • 1826 : Napoléon et Talma, élégies nationales nouvelles
  • 1826 : L'académie ou les membres introuvables
  • 1826 : Monsieur Dentscourt ou Le Cuisinier d'un grand homme
  • 1826 : L’Académie ou Les Membres introuvables
  • 1830 : Le Peuple
  • 1831 : Nos adieux à la Chambre des Députés ou « allez-vous-en, vieux mandataires »
  • 1832 : La Main de gloire : histoire macaronique ou La Main enchantée
  • 1834 : Odelettes
  • 1839 : Raoul Spifame, seigneur des Granges
  • 1845 : Histoire véridique du canard
  • 1846-1847 : Scènes de la vie orientale
  • 1849 : Le Marquis de Fayolle
  • 1849 : Les Monténégrins
  • 1850 : Le Diable rouge, almanach cabalistique pour 1850
  • 1850 : Les Confidences de Nicolas
  • 1850 : Les Nuits du Ramazan
  • 1851 : Les Faux Saulniers, histoire de l’abbé de Bucquoy
  • 1851 : Voyage en Orient
  • 1852 : L'Imagier de Harlem
  • 1852 : Contes et facéties
  • 1852 : La Bohème galante
  • 1852 : Lorely, souvenirs d’Allemagne
  • 1852 : Les Illuminés
  • 1853 : Sylvie
  • 1853 : Petits châteaux de Bohème
  • 1854 : Les filles du feu
  • 1854 : Les Chimères
  • 1854 : Promenades et souvenirs
  • 1855 : Aurélia ou le rêve et la vie
  • 1962 : Le Prince des sots

Titre: Sylvie

Maison d'édition et date de publication: Le livre français, 1924 (ça, c’est l’édition dans laquelle je l’ai lu, mais vous pouvez aussi le trouver chez Larousse, le livre de poche - ce qui correspond à l'édition de l'image -, par exemple)

Résumé: (issu du site decitre) Un parisien, évoluant dans le demi-monde des actrices, part soudainement, en pleine nuit, vers le Valois, terre de son enfance et de ses premières amours.
II espère y retrouver la belle Sylvie et l'épouser. Dans le fiacre, souvenirs, rêves et réalité se mêlent... mais, sur place, des surprises l'attendent. Ce récit fort autobiographique, par la fraîcheur des sentiments, la poésie des descriptions et la délicatesse du réalisme, est une des œuvres les plus exquises de notre littérature.

Avis: (Note préliminaire: Il y a une phrase surlignée. J'avais peur qu'elle ne joue le rôle de spoiler. Pour la lire, vous devez vous-même la surligner)
J’ai dû découvrir Sylvie, faisant sa rencontre à travers des extraits, très jeune. En effet, un passage du chapitre 2 et un autre du chapitre 6 se trouvant dans le Lagarde et Michard du XIXème, que j’aimais à feuilleter et où j’aimais à piocher des extraits. Ces deux passages de Sylvie faisaient partie depuis longtemps de mes textes préférés, pour autant, je ne l’avais pas encore lu. Je ne sais pas pourquoi. Toujours est-il que forte du souvenir de ces passages, je partais avec bon nombre d’a priori positifs. D’autant plus que la lecture d’Aurélia, il y a quelques mois, m’a émerveillée au plus haut point. Et Sylvie a tenu ses promesses. Bien plus encore puisqu’un inédit dans les histoires de mes lectures s’est produit avec ce texte : à peine fini, je voulais déjà le relire. Jusque-là… La tentation m’avait déjà effleurée face à d’autres textes et si Nerval y avait échappé avec Aurélia, c’était pour des raisons pratiques. Si l’idée m’avait déjà traversé l’esprit, je ne l’avais donc jamais fait. Mais, là… Une journée après l’avoir fini, j’ai rouvert le livre, pour le dévorer. Et j’étais prête à récidiver ! Des relectures en perspective donc.
On pourrait qualifier cette nouvelle d’histoire d’amour, ou plutôt, d’histoire d’amours. Ceux-ci se croisent et s’entremêlent, tout comme les souvenirs, les rêves et la réalité. Car, comme le disent les résumés, souvenirs, rêves et réalité se mêlent, je dirais même qu’ils se fondent, jusqu’à se confondre, jusqu’à ce que les limites les séparant ne soient plus véritablement perceptibles.
« Le rêve est une seconde vie » écrira Nerval dans Aurélia. Mais, cette phrase pourrait également s’appliquer au texte de Sylvie ou pour le narrateur, le rêve est effectivement une seconde vie. Le rêve… Un thème au cœur de ce texte à l’atmosphère onirique. Le rêve se propage d’ailleurs jusqu’au lecteur et l’y transporte. A cette atmosphère s’ajoute un goût nostalgique, la nostalgie de l’enfance, de la première jeunesse, des traditions provinciales se perdant, aux yeux de l’auteur. Celui-ci chante d’ailleurs le charme de la province et des fêtes traditionnelles, telle la fête patronale de Loisy qui est décrite plusieurs fois au cours du récit.
On retrouve également, dans les nombreuses descriptions des éléments tirés des temps passés (même pour Nerval) : ici un château, ici un temple, ici une horloge, ici des habits,… C’est d’ailleurs à la recherche du passé que le narrateur retourne dans le Valois pour y trouver… le présent.
Les descriptions dressent le paysage du Valois avec ses forêts et ses étangs (ou autres étendues d’eau). Un cadre magnifique. Et ses bâtiments, notamment ses châteaux et ses temples. Des édifices anciens, porteur d’une Histoire que leurs pierres racontent. L’Antiquité, la Renaissance font partie des époques évoquées à travers bâtiments, meubles et éléments de décoration. Entre eau, nature et temps anciens (dont l’Antiquité), c’est un décor Romantique qui est donc planté.
Le style de Gérard de Nerval ! Une des raisons principales pour lesquelles j’ai autant apprécié cette nouvelle. Un langage qui m’a paru plutôt soutenu, sans être alambiqué et qui reste donc facile à comprendre. Un style qui, à mes oreilles, a sa musicalité propre, son harmonie propre. Même dans cette nouvelle, qui est un texte en prose, je trouve que le style de Nerval reste poétique. Ce qui contribue à la beauté de ce texte.
L’autre élément qui m’a interpellée à la lecture, et contribue pour moi à sa richesse, c’est tout son réseau d’échos. Avec d’autres textes d’autres auteurs, certes, tels le Paradis de Dante, mais aussi, avec les textes de l’auteur lui-même. Ainsi retrouve-t-on de nombreux éléments du poème « Fantaisie » dans Sylvie. De l’air, qui est celui chanté par Adrienne, au château, en passant par Adrienne ou Aurélie qui pourraient être « la dame à sa haute fenêtre », à moins que cela ne soit celle de la chanson d’Adrienne… Aurélie justement… reviendra dans Aurélia. Et puis, les paysages du poème « El desdichado » sont les mêmes que ceux de Sylvie… Et l’on pourrait continuer ainsi.
Vous l’aurez compris, j’ai particulièrement aimé ce texte qui est un "coup de cœur" et compte désormais parmi mes préférés. 

Place aux extraits:
- « Je me représentais un château du temps de Henri IV avec ses toits pointus couverts d'ardoises et sa face rougeâtre aux encoignures dentelées de pierres jaunies, une grande place verte encadrée d'ormes et de tilleuls, dont le soleil couchant perçait le feuillage de ses traits enflammés. Des jeunes filles dansaient en rond sur la pelouse en chantant de vieux airs transmis par leurs mères, et d'un français si naturellement pur, que l'on se sentait bien exister dans ce vieux pays du Valois, où, pendant plus de mille ans, a battu le cœur de la France. »
- « On s'assit autour d'elle, et aussitôt, d'une voix fraîche et pénétrante, légèrement voilée, comme celle des filles de ce pays brumeux, elle chanta une de ces anciennes romances pleines de mélancolie et d'amour, qui racontent toujours les malheurs d'une princesse enfermée dans sa tour par la volonté d'un père qui la punit d'avoir aimé. La mélodie se terminait à chaque stance par ces trilles chevrotants que font valoir si bien les voix jeunes, quand elles imitent par un frisson modulé la voix tremblante des aïeules. »
- « Elle y avait trouvé une grande robe en taffetas flambé, qui criait du froissement de ses plis. ‘‘Je veux essayer si cela m’ira, dit-elle. Ah ! je vais avoir l’air d’une vieille fée !’’
‘‘La fée des légendes éternellement jeune !...’’ dis-je en moi-même. »

Et vous ? Avez-vous lu cette nouvelle ? L’avez-vous aimée ?

lundi 2 avril 2012

Achat de livres

Un jour de mars, j'ai été atteinte de la fièvre acheteuse... de livres et revues. Si, si. J'achète rarement (si ce n'est jamais) autant de livres à la fois, toujours des livres que je tiens à avoir, et j'emprunte beaucoup (en bibliothèque, à ma famille, à des amis parfois aussi). Je vous passe le chapitre des revues. (Je sais bien qu'il y a un rendez-vous consacré au sujet des achats-emprunts de livres, seulement, je ne pense pas aborder assez souvent le thème pour me décider à y participer).
J'étais au salon du livre et après m'être retenue au stand des éditions de Minuit, où deux livres me tentaient pourtant beaucoup, j'ai craqué chez Gallimard, pour cinq livres. J'avais depuis environ un an je pense d'en acquérir certains. Pour d'autres, c'était petite folie passagère ou coup de cœur du moment.
Les livres que je souhaitais avoir depuis longtemps?
Chagrin d'école de Daniel Pennac. Certes, après sa sortie et quand j'ai enfin pu mettre la main dessus en bibliothèque, je l'ai lu. Mais, étant une grande amie de la relecture... Je trouvais qu'il manquait dans ma bibliothèque. C'est à mon sens un livre dans la même veine que Comme un roman. J'espère bien vous écrire un article dessus quand je l'aurai relu. (Le petit plus: dédicacé par Pennac: oui, je suis allée à l'encontre de mes habitudes).
Pompei la cité ensevelie de Robert Etienne (dans la collection découvertes Gallimard). Non seulement j'ai très envie de le lire depuis longtemps, non seulement j'aime beaucoup cette collection, qui fournit de bonnes explications et illustre bien son propos, mais en plus, je n'arrivais pas à l'emprunter ni même à le trouver dans ma librairie, alors... Il est a classer dans la partie archéologie de cette collection et parle de Pompei, de l'éruption de 79 et des fouilles archéologiques qui ont mis au jour cette cité.
Les Incas peuple du Soleil de Carmen Bernand (dans la même collection). Une envie plus récente, mais même chose que pour l'autre découverte gallimard. Celui-ci fait partie de la partie Histoire de cette collection. Les peuples précolombiens, tout comme la Rome Antique, me fascinent

La petite folie et le clin d’œil à l'enfance, je le dois à Sempé et Goscinny, avec le tome 4 des Histoires inédites du Petit Nicolas, à savoir, Le Petit Nicolas et ses voisins.

Et puis, explorant leurs rayons, j'ai eu un coup de cœur pour un livre de Léon Tolstoï dont je ne connaissais pas l'existence (le titre et la couverture - un détail d'un tableau de Courbet - ont attiré mon attention,  la quatrième de couverture, elle, a achevé de me convaincre), un petit pavé (oui, oui, je sais, par définition, un pavé ne peut pas être petit, mais environ 500 pages comparé à la Guerre et la Paix, ça paraît peu...): La tempête de neige et autres nouvelles. Promenade en Russie assurée, je pense...

L'autre coup de cœur a eu lieu pour moi sur le stand des éditions suisses, pour un petit livre de Robert Walser, Cendrillon. Ce livre a été publié chez Zoé, dans la collection Mini Zoé. En fait, c'est un éditeur qui propose plusieurs livres de cet auteur que je prends plaisir à lire, donc... En plus, le titre était fait pour me donner envie. C'est apparemment une "variation sur le thème de Cendrillon" (selon la quatrième de couverture). J'ai hâte de voir ce que cela donne! Mais je dois déjà finir certains des livres que j'ai commencés, j'en ai déjà trop en cours de lecture.

Ce qui me fait de quoi lire pour un bon moment, quand j'aurai fini les livres qui sont en cours (et vu que j'ai tendance aussi à beaucoup emprunter), Tolstoï risque d'ailleurs d'attendre, car même si j'ai hâte de le lire, je me demande si c'est une bonne idée de lire plusieurs livres du même auteur en même temps...


Et voici ces achats en image:

samedi 3 mars 2012

Petite note

Non, je n'ai pas oublié ce blog et oui, je compte écrire d'autres chroniques, mais pour l'instant, je n'ai pas pu le faire, du fait de mes études, entre autre. Dès que possible, j'écrirai un autre article sur un autre livre.

lundi 17 octobre 2011

Si c'est un homme de Primo Levi








Auteur: Primo Levi

Biographie: Primo Levi était un chimiste et écrivain italien, né à Turin en 1919. Il s’est engagé dans la résistance italienne durant la seconde guerre mondiale avant d’être arrêté en décembre 1943 et d’être envoyé dans le camp d’internement de Fossoli. De là, il a été déporté en janvier 1944 à Auschwitz-Monowitz. Il est mort en 1987.

Bibliographie:

  • 1947 : Se questo è un uomo (Si c’est un homme)
  • 1963 : La tregua (La trêve)
  • 1966 : Storie naturali (Histoires naturelles)
  • 1971 : Vizio di forma (Vice de forme)
  • 1975 : Il sistema periodico (Le système périodique)
  • 1978 : Lilìt e altri racconti (Lilith)
  • 1978 : La chiave a stella (La clé à molette)
  • 1981 : La ricerca delle radici (La recherche des racines)
  • 1984 : Se non ora, quando ? (Maintenant ou jamais)
  • 1986 : I sommersi e i salvati (Les naufragés et les rescapés)

Titre: Si c’est un homme (Se questo è un uomo)

Maison d'édition et date de publication: Julliard, 1987
Einaudi, 2005

Résumé: (issu du site evene) 'Si c'est un homme' est un récit autobiographique. Libéré d'Auschwitz, Primo Levi témoigne. Il décrit la peur, l'instinct de survie, la mort et l'humiliation qu'ont vécus les déportés. Il fait partie d'un convoi de six cent cinquante Juifs, mais seulement quatre-vingt-seize hommes et vingt-neuf femmes sont épargnés. Les autres, déclarés invalides, sont immédiatement gazés. Ils luttent tous contre la déshumanisation dont ils sont les victimes : on leur retire leur nom, ils sont tatoués comme du vulgaire bétail. Malgré tout, l'auteur parvient à se faire quelques amis : Lorenzo, un ouvrier, mais surtout Alberto, son meilleur ami... Vivre, non. Simplement survivre.

Avis:
A l’origine, j’ai découvert ce texte dans sa traduction française, à l’âge de quatorze ans. Je l’ai relu en italien, dans sa totalité (et non simplement des extraits) bien des années plus tard. C’est là une œuvre qui, dès la première lecture, m’a profondément marquée et sans doute contribué à construire ma vision de la Shoah. C’est à mon sens un texte d’une grande force, provoquant chez le lecteur un sentiment d’horreur. Je pense qu’il parvient également, aussi surprenant que cela puisse être, à faire concevoir l’inconcevable : la destruction d’un peuple à travers sa déshumanisation.
« On est volontiers persuadé d’avoir lu beaucoup de choses à propos de l’holocauste, on est convaincu d’en savoir au moins autant. Et, convenons-en avec une sincérité égale au sentiment de la honte, quelquefois, devant l’accumulation, on a envie de crier grâce.
C’est que l’on n’a pas encore entendu Levi analyser la nature complexe de l’état du malheur.
Peu l’ont prouvé aussi bien que Levi, qui a l’air de nous retenir par les basques au bord du menaçant oubli : si la littérature n’est pas écrite pour rappeler les morts aux vivants, elle n’est que futilité. »

Ce sont là les paroles d’Angelo Rinaldi à propos de ce témoignage de Primo Levi. Ce sentiment d’avoir lu beaucoup de choses à propos de la Shoah, il m’a fallu justement lire Si c’est un homme pour l’avoir. Et il a également fallu que je lise ce texte pour que je me penche sur les livres et articles d’histoire portant sur le sujet. C'est d'ailleurs au texte de Primo Levi, que je dois en grande partie, je pense, d'avoir construit ma vision des camps de concentration et de la Shoah également.
Un témoignage… C’est là effectivement la nature de ce texte. Mais, pour Primo Levi, cela avait un sens particulier : « il doit être témoin au plein sens du terme ‘‘une personne pouvant attester d’un fait, en vertu d’une connaissance directe’’), il ne doit donc parler que de ce qu’il a vu et vécu, sans concession aucune pour ce qu’il a entendu dire ou appris de ses camarades » (Le devoir de mémoire). Ce qui a déterminé sa manière d’écrire ce texte. Par ailleurs, Primo Levi ne juge jamais – ou très rarement - de manière explicite les personnes évoquées. Par contre, il soulève des questions, amenant ainsi le lecteur à jouer ce rôle de juge qu’il se refusait à remplir à travers ce texte.
Par contre, si Si c’est un homme est un témoignage, c’est aussi une analyse : l’analyse de la vie dans les camps de concentration, de leur fonctionnement, du comportement des personnes s’y trouvant, déportés comme S.S.
Il s’agit là d’ailleurs d’un texte, y compris en italien, au lexique et à la syntaxe clairs où les émotions sont peu présentes, voire absentes. Ce qui permet à l’auteur de prendre une certaine distance par rapport au sujet qu’il aborde. Et c’est notamment là, à mon sens, que réside la force de ce texte.
(En l'occurrence, c'est "très vive recommandation", simplement parce que je considère que le verbe "aimer" ne peut s'appliquer à cette lecture)

Place au texte de Primo Levi :

  • « Voi che vivete sicuri
    Nelle vostre tiepide case,
    Voi che trovate tornando a sera
    Il cibo caldo e visi amici :
    Considerate se questo è un uomo
    Che lavora nel fango
    Che lotta per mezzo pane
    Che muore per un si o per un no.
    Considerate se questo è una donna,
    Senza capelli e senza nome
    Senza più forza di ricordare
    Vuoti gli occhi e freddo il grembo
    Come una rana d’inverno.
    Meditate che questo è stato :
    Vi commando queste parole.
    Scolpitele nel vostro cuore
    Stando in casa andando per via,
    Coricandovi alzandovi;
    Ripetetele ai vostri figli.
    O vi si sfaccia la casa,
    La malattia vi impedisca,
    I vostri nati torcano il viso da voi. »


    Ce qui donne dans la traduction française :

    « Vous qui vivez en toute quiétude
    Bien au chaud dans vos maisons,
    Vous qui trouvez le soir en rentrant
    La table mise et des visages amis,
    Considérez si c’est un homme
    Que celui qui peine dans la boue,
    Qui ne connaît pas de repos,
    Qui se bat pour un quignon de pain,
    Qui meurt pour un oui pour un non.
    Considérez si c’est une femme
    Que celle qui a perdu son nom et ses cheveux
    Et jusqu’à la force de se souvenir,
    Les yeux vides et le sein froid
    Comme une grenouille en hiver.
    N’oubliez pas que cela fut,
    Non, ne l’oubliez pas :
    Gravez ces mots dans votre cœur.
    Pensez-y chez vous, dans la rue,
    En vous couchant, en vous levant ;
    Répétez-les à vos enfants.
    Ou que votre maison s’écroule,
    Que la maladie vous accable,
    Que vos enfants se détournent de vous. »
  •  « e non tanto per il suo aiuto materiale, quanto per avermi costantemente rammentato, con la sua presenza, con il suo modo così piano e facile di essere buono, che ancora esisteva un mondo giusto al di fuori del nostro, qualcosa e qualcuno di ancora puro e intero, di non corrotto e non selvaggio, estraneo all’odio e alla paura ; qualcosa di assai mai definibile, una remota possibilità di bene »
                  Ce qui est traduit par :  
    « non pas tant pour son aide matérielle que pour m’avoir constamment rappelé, par sa présence, par sa façon si simple et facile d’être bon, qu’il existait encore, en dehors du nôtre, un monde juste, des choses et des êtres encore purs et intègres que ni la corruption ni la barbarie n’avaient contaminés, qui étaient demeurés étrangers à la haine et à la peur ; quelque chose d’indéfinissable, comme une lointaine possibilité de bonté »
     
  • « I personaggi di queste pagine non sono uomini. La loro umanità è sepolta, o essi stessi l’hanno sepolta, sotto l’offesa subita o inflitta altrui. Le S.S malvage e stolide, i Kapos, i politici, i criminali, i prominenti grandi e piccoli, fino agli Häftlinge indifferenziati e schiavi, tutti i gradini della insana gerarchia voluta dai tedeschi, sono paradossalmente accomunati in una unitaria desolazione interna.
    Ma Lorenzo era un uomo ; la sua umanità era pura e incontaminata, egli era al di fuori di questo mondo di negazione.»


    Ce qui donne, dans la version française de ce témoignage :

    « Les personnages de ce récit ne sont pas des hommes. Leur humanité est morte, ou eux-mêmes l’ont ensevelie sous l’offense subie ou infligée à autrui. Les SS féroces et stupides, les Kapos, les politiques, les criminels, les prominents grands et petits, et jusqu’aux Häftlinge, masse asservie et indifférenciée, tous les échelons de la hiérarchie dénaturée instaurée par les Allemands sont paradoxalement unis par une même désolation intérieure.
    Mais Lorenzo était un homme : son humanité était pure et intacte, il n’appartenait pas à ce monde de négation. »

  • « La memoria è uno strumento curioso : finché sono stato in campo, mi hanno danzato per il capo due versi che ha scritto un mio amico molto tempo fa :

    … infin che un giorno
    senso non avrà più dire: domani.

    Qui è così. Sapete come si dice ‘‘mai’’ nel gergo del campo ? ‘‘Morgen früh’’, domani mattina. »


    Ce qui donne dans le texte français:

    « La mémoire est une bien curieuse mécanique : durant tout mon séjour au camp, ces deux vers qu’un de mes amis a écrits il y a bien longtemps me sont régulièrement revenus à l’esprit :

    ‘‘… infin che un giorno
    senso non avrà più dire : domani.’’
    (… jusqu’à ce qu’un jour
    dire ‘‘demain’’ n’ait plus de sens)

    Ici, c’est exactement comme ça. Savez-vous comment on dit ‘‘jamais’’ dans le langage du camp ? ‘‘Morgen früh’’, demain matin. »


Et vous ? Avez-vous lu ce témoignage ? Qu’en pensez-vous ?